Disparition mystérieuse du navire Madagascar



La mystérieuse disparition du “Madagascar”


Par le lieutenant Harry Riesberg, adaptation P.Kainic


Disparition dans un voyage de Melbourne (Australie) à destination de Londres sous le commandement du Capitaine Harris. Le navire s'est perdu corps et biens avec 80 passagers à bord et une large quantité d'or (70.000 onces !) et de l'argent.

Le 12 août 1853, la cloche de la "Lutine" tinta au bureau des Lloyd’s à Londres, annonçant qu’un nouveau bateau avait disparu.

Un employé afficha le nom: "Madagascar". Tous les courtiers maritimes connaissaient ce fameux clipper, dont les voyages entre l’Australie et l’Europe avaient apporté profits et honneurs à ses armateurs, MM. Richard et Henry Green, de Blackwall, dans le Middlesex.

- Grand Dieu ! S’exclama l’un deux. Il transportait 350 kgs de pépites et de poudre d’or venant des champs aurifères d’Australie. Messieurs, il y a certainement quelque chose de louche dans cette disparition.

Le bateau avait été vu pour la dernière fois au sortir de Port Philip, par beau temps. Plusieurs théories furent avancées pour expliquer sa disparition, mais elles ne reposaient que sur des hypothèses.

Une des histoires nous dit que 7 ans plus tard, à Suva, en Nouvelle-Zélande, le père Godfrey Hunt fut appelé au chevet d’une jeune femme dans une institution charitable.

- Cette femme vient de nous arriver, mon père, lui dit la sœur qui l’accueillit. Elle est mourante et a demandé un prêtre. Elle s’appelle Mary Collins et dit être la dernière survivante du "Madagascar"…
- Le "Madagascar" ? Mais il a disparu depuis 7 ans, si j’ai bonne mémoire. De quoi meurt-elle ?
- De la fièvre de la jungle, mon père… et de mauvais traitements.
- Je comprends. Mais où était-elle pendant tout ce temps ?
- Je l’ignore. Elle vous le dira peut-être.

Le prêtre se trouva devant une femme qui avait dû être belle mais dont la souffrance avait ravagé le visage.

- Je vais mourir, mon père, dit-elle. Je le sais et je n’ai pas peur après les tortures que j’ai vécues. J’y ai résisté… et le moment est venu de vous dire ce qui s’est passé à bord du "Madagascar"…

Il y a 7 ans, qui m’ont paru 7 siècles. Je m’appelle Mary Collins. Je servais d’infirmière à un impotent, M. John Newman, qui rentrait en Angleterre. Il faisait bien beau quand nous partîmes et pourtant un mauvais pressentiment me serrait le coeur.

Les premiers passagers furent des mineurs qui rentraient au pays avec l’or trouvé dans les placers. Mais le bruit se répandit qu’il y avait une grosse somme à bord et d’autres passagers, à l’allure de bandits, embarquèrent.

Le jour où nous devions partir, des détectives de Melbourne vinrent arrêter deux hommes accusés de vol. Aucune preuve n’ayant pu être trouvée, ils furent relâchés et revinrent à bord.

Nous fûmes bien heureux de prendre la mer mais, le lendemain de notre départ de Port Philip, une mutinerie, conduite par les deux hommes qui avaient été arrêtés, éclata à bord. « J’entends encore les clameurs qui me réveillèrent. Je me hâtai de m’habiller et montai sur le pont.

Quel spectacle s’offrait à ma vue : les bandits s’étaient emparés du bateau et ceux qui avaient tenté de s’opposer à eux gisaient dans des flaques de sang.

Le capitaine Harris venait lui aussi d’arriver sur le pont. Un groupe se jeta sur lui, le frappant sauvagement puis, finalement, le traîna jusqu’au bastingage et le jeta à la mer.

Les officiers et les marins furent traités de même. Les passagers assistèrent muets d’horreur, à ce carnage. Puis notre tour vint. Les femmes furent dévêtues et jetées dans des cabines. Les bandits firent monter des fûts de rhum et il s’ensuivit une longue orgie et, bien entendu, nous ne fûmes pas épargnées. Nous savions n’avoir aucune pitié à attendre de ces hommes sauvages… »

« Les jours qui suivirent se ressemblèrent. Nous vécûmes dans une terreur indicible, interminable, sans pouvoir rien faire. Les mutins comptaient gagner Rio de Janeiro, saborder le clipper et descendre à terre avec l’or. »

« Le bateau parvint sur les côtes du Brésil mais, par une nuit de tempête, fut projeté sur des rochers. Au matin, les bandits mirent deux embarcations à l’eau, obligèrent les femmes à y monter, emportèrent le plus d’or qu’ils purent et mirent le feu à l’épave du clipper. Les embarcations chavirèrent dans les brisants.

Seuls six hommes et cinq femmes atteignirent le rivage. Nous nous trouvions sur une partie déserte de la côte et dûmes nous enfoncer dans la forêt vierge. Des Indiens nous accueillirent et nous nourrirent. Un autre fléau s’abattit sur nous : la fièvre de la jungle.

De tous ceux qui s’étaient embarqués à Port Philip, il ne resta plus que moi et deux des misérables auteurs de la tragédie. »

« Pendant des mois et des mois, nous errâmes de village en village. Un jour, j’essayai de fuir mais fus rattrapée et rouée de coups… Mes deux compagnons disparurent à leur tour et je parvins seule à Rio de Janeiro… Je n’avais plus qu’une idée, fuir le plus loin possible…

je vécus longtemps dans le quartier du port et finis par trouver un patron de goélette qui partait pour les mers du sud. Je tombai gravement malade et il me débarqua à Suva. J’ai enfin atteint le port… »

«Quand vous répèterez cette histoire, les gens vous demanderont ce qu’est devenu l’or du "Madagascar".

Dites-leur qu’il se trouve dans une petite baie appelée Paranagua par les Indiens, à une centaine de milles au sud du village de Sao Paulo. L’eau n’est pas profonde… »



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