La catastrophe du paquebot l'Anadyr dans la rade d'Aden

 


La catastrophe de "L'Anadyr"
en rade d'Aden
 - Pascal Kainic -


Compilation d'un article paru dans L'Illustration du 17 Août 1889


Le 11 juillet, à 5 heures du matin, le steamer "Anadyr", paquebot-poste francais des Messageries Maritimes de 3547 tonnes, de Marseille pour la Chine, a été abordé et coulé en rade d’Aden par "l’Oxus", de la même compagnie, par une mer complètement calme, les pilotes étant à bord.

"L’Anadyr", commandé par le capitaine Fabre, a eu sa muraille de bâbord crevée en deux endroits, à l’avant et par le travers des machines. Il a été s’échouer, mais, toutefois, pas avant que l’on eût débarqué tous les passagers, l’équipage et les dépêches, ainsi qu’une foule d’objets de valeur.

Tous les passagers, recueillis d’abord par "l’Oxus", qui s’est retiré de la collision sain et sauf, ont été débarqués à Steamer Point et logés dans 2 hôtels (Europe et Univers) en attendant le steamer "Irassuady" sur lequel ils ont du continuer leur voyage le 25 juillet.

Les naufragés ont perdu absolument tous leurs bagages. Ceux qui ont pu sauver un vêtement, des chaussures, un peu de linge, sont des privilégiés. La plupart ont du se vêtir de costumes très couleur locale, mais aussi peu commode que possible.

Nous voudrions pouvoir donner une idée exacte de la façon pittoresque dont nos fonctionnaires et nos officiers d’Extrême-Orient ont pourvu aux nécessités immédiates de leur habillement. Malgré ces ennuis, malgré une cuisine inouïe, malgré une chaleur formidable, nos compatriotes ont supporté leur infortune avec cette gaieté française qui ne perd jamais ses droits : ils ont fêté le 14 juillet, toastant à la parie éloignée, aux chères affections quittées par devoir.

En France aussi, bien des santés émues ont été portées aux naufragées, aux braves enfants qui vont coopérer, dans les terres lointaines, à la gloire et à la prospérité nationales.

"L’Anadyr" est coulé sur un fond de sable, son arrière reposant sur un fond de 10 mètres à marée haute.

La cargaison qui est très importante comprend, entre autres marchandises : 171 caisses d’argent, soit 65.000 francs pour la banque de l’Indochine, 123 caisses de fils d’or pour Madras, 113 caisses d’horlogerie pour Shanghai, 1 caisse de bijoux pour Saigon, beaucoup de tissus pour la Chine, 800 barriques de vin, vermouth, rhum etc… 22 caisses de Chartreuses, 100 de champagne, 500 de savon, l’étambot d’un cuirasser japonais, 135 tonnes de fer en barres provenant du Creusot, envoyées au gouvernement du Japon etc…

Un ingénieur est parti pour Aden avec les moyens de sauvetage nécessaires pour renflouer
"l’Anadyr". Mais le bâtiment n’a pu résister à la violence de la mousson du Sud-Ouest qui soufflait ces jours derniers en tempête.

Secoué par la mer, le paquebot s’est brisé en deux, juste à la hauteur de la brèche faite au moment de son abordage.



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