Un paquebot français coulé sur mine: La Chaouïa



Naufrage de la Chaouïa par une mine flottante
Tiré des Archives de la marine et d'autres sources imprimées - Pascal Kainic




Le paquebot "Chaouïa", 4335 tonneaux, de la compagnie Paquet n'a pas eu beaucoup de chance, ce 16 janvier 1919. Il saute sur une mine flottante dans le détroit de Messine, à trois miles et demi de la côte et coule à pic dans environ 250 mètres d'eau, emportant avec lui 476 victimes... des vestiges de la Guerre !

Le commandant Jean Calvies, capitaine du navire, nous en donne le récit suivant :

« Je suis parti de Marseille le 13 janvier dernier avec une cargaison de marchandises diverses de la guerre et du commerce, les dépêches, colis postaux et plis diplomatiques, ainsi que 660 passagers de toutes classes, dont 530 émigrés grecs, pour la plus grande partie, à destination du Pirée et de Constantinople.

Doublé la jetée vers 18 heures et navigué ensuite conformément aux instructions reçues. Le 16 janvier, à minuit, une violente explosion se produit à bâbord avant à la suite de laquelle le navire se trouve violemment dévié sur tribord de 30 degrés environ. J'ai eu l'impression immédiate  que le navire venait de heurter une mine. Une énorme gerbe d'eau s'abat sur la passerelle et le pont des embarcations, des débris de toutes sortes s'y trouvent mêlés; les panneaux des cales avant et certaines marchandises sont projetés au dessus du pont et l'eau arrive presque immédiatement  au ras des bastingages.

Jugeant la perte certaine du "Chaouïa", j'envoie l'homme de barre à la machine avec mission de dire à l'officier d'évacuer immédiatement le navire; ordre qu'il ne peut transmettre dû à l'envahissement de l'eau, ne pouvant accéder à la porte de la machine.

Aussitôt le choc ressenti, je me suis trouvé sur la passerelle entouré de mes officiers. Je les ai chargés de diriger la mise à l'eau des moyens d'évacuation et de faire envoyer les signaux de détresse par la T.S.F. Ces signaux n'ont pu être que commencés, le poste ayant cessé de fonctionner presque aussitôt.

La mise à l'eau des embarcations ne pouvant être effectuée en raison de l'apiquage du navire et de l'inclinaison sur bâbord, j'ai donné l'ordre d'effectuer le lancement des radeaux... A ce moment, l'eau envahissait la passerelle avec rapidité et l'arrière était complètement hors de l'eau. Monsieur Gall et moi-même sommes restés sur la passerelle jusqu'au moment où nous fûmes chassés par l'eau. Après quelques brasses faites au milieu d'épaves de toutes sortes, je vis le bâtiment disparaître dressé presque verticalement  et en même temps, je perçus deux ou trois détonations sous-marines que j'attribue à l'explosion des chaudières. En 4 minutes, tout était consommé... J'ai pu saisir un radeau sur lequel j'ai été hissé étant à bout de forces, par le lieutenant Gall et le matelot Beverini.

Peu après, le navire que nous avions aperçu doublant Faro, faisait route sur nous, stoppait à quelque distance et mettait à l'eau ses embarcations. Ce bateau, que nous avons su après être le vapeur anglais "Daghestan", capitaine, Macfarlane, du port de Sunderland, manœuvre pour se placer au vent des radeaux que nous groupons le mieux possible pour faciliter le sauvetage. Nous nous sommes ainsi retrouvés à bord au nombre d'environ 180, dont plusieurs gravement blessés et vers 8 heures du matin, le navire rentrait dans le port de Messine où le représentant de la Marine de Guerre française, le quartier-maître fourrier Bertier, les autorités italiennes et le Consul de France avaient pris des dispositions pour l'évacuation des blessés et le logement des naufragés».

Les pertes humaines sont immenses et de nombreux agents diplomatiques et autres personnalités étaient à bord, en 1ère classe , entre autres :

M. Osmin Laporte, Consul Général de Smyrne et M. Emile Guillouet, son suppléant; plusieurs représentants de la Mission de Russie; M. Weyl, Conseiller du Haut Commissaire à Constantinople; plusieurs officiers du Ministère de la Guerre; M. Rey, directeur de la Régie Générale du Chemin de fer, ainsi que de nombreux ingénieurs; M. Mery, Dette Publique Ottoman; M. Hublin, Directeur de la société Oxygène à Bucarest; M. Plesnila, agent diplomatique roumain; M. Kartamyschew, délégué russe à la commission du Danube; M. Meillassoux, Directeur des sucreries de Ripicini en Moldavie; M. Pesson-Didion, de la Société Centrale Industrie Electrique; M. Mandelorod, de la propagande française en Roumanie; M. de Deken, Consul Général de Norvège, ainsi que plusieurs frères et sœurs de Missions Religieuses. Il y avait aussi à bord M. et Mme Tachella et leurs 3 filles, Représentant de la Compagnie Paquet; C.A. Brown, correspondant au Daily Chronicle, et bien d'autres encore...
 


Chaouia

Paquet

Le paquebot "Chaouia" de la compagnie Paquet






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