La fabuleux trésor des Minquiers - Belle histoire pour les enfants...




Mon Trésor des Îles Minquiers…

…de Palos, de Moguer, routiers et capitaines s’en allaient conquérir le fabuleux métal…(José Maria de hérédia)

Par Gérard Loridon



Cette nuit de 1520, dans les rues sombres de Ténochitlan (qui deviendra un jour, Mexico), "le fabuleux métal", dont se sont chargés les Espagnols, pèse très lourd. Ils n’ont pas su résister à l’attrait de ces merveilles, fruits de leurs rapines lorsque leur chef, Hernan Cortez, leur a ouvert la salle du trésor en les invitant à se servir sur l’or du roi d’Espagne. Car, sous la pression des tribus aztèques, les Conquistadors quittent cette ville qu’ils ont conquise et qu’ils ne peuvent garder. Ils se sont battus, fiers hidalgos, tous les jours et ont fait preuve de vaillance.

Précédés des décharges de couleuvrines et de mousquets, ils ont chargé la foule de guerriers qui à chaque fois se refermant sur eux les obligeaient à retraiter à l’intérieur du palais de Montezuma. Ce dernier, l’empereur, leur a longtemps servi d’otage, mais il a finalement été blessé mortellement, par l’un des siens, alors que les Espagnols le présentaient, la pointe d’une épée sous la gorge pour tenter de calmer les esprits. Et pourtant, la conquête qui n’avait pas été facile, leur avait quand même permis d’occuper Mexico sans bataille. Mais désirant imposer la croix, par le fer et le feu, ils ont renversé les idoles, et déclenché ainsi la furie des prêtres qui ont soulevé la population.

Maintenant cette nuit, il faut partir, le plus discrètement possible, les pattes des chevaux sont enrobées de tissus, et aussi les roues des canons, les armes saisies, Il faut passer le lac et ses canaux avec un pont en bois démontable, que l’on mettra en place à chaque passage. Car les Aztèques ont démoli tous les ouvrages. Hélas le pont, sous le poids des chevaux et de l’artillerie va rester bloqué et le massacre des Espagnols va commencer. Une bien sinistre nuit ou beaucoup vont mourir, entraînés dans le lac par le poids des armures… des joyaux et autres barres d’or. Triste nuit qui portera le nom historique de "Noche Triste" dans l’histoire de la conquête de cette Nouvelle Espagne.

Mais le lendemain, le génie de Hernan Martin Cortez de Monroy, triomphera à nouveau dans une dernière bataille. Les Espagnols vainqueurs, mais dont le nombre a fortement diminué vont se retirer, et revenir dans quelques mois reprendre, définitivement cette fois, Mexico, en 1521. Ils vont recommencer les pillages, rapines et iront jusqu’à torturer des chefs aztèques pour retrouver tout ou partie du trésor….. Trésor qui comprenait le célèbre manteau d’or, toute la riche garde robe et les bijoux de Montezuma Ces richesses vont être embarquées, à bord de nombreux galions, dans une des Flotta Plata. Ces Flottes d’argent quittaient le Mexique, à l’époque la Nouvelle Espagne, en convois. Escortées militairement par des navires de guerre, ils leurs arrivaient d’être dispersées par des tempêtes.

Dans ce cas les corsaires et pirates, toujours à l’affût d’un mauvais coup, se jetaient sur le malheureux galion marchand et le pillait. Mais la Providence est ainsi faite qu’ils devaient subir à leur tour les colères de Neptune. Et c’est très certainement ce qui à du arriver au corsaire Jean Florin, en Décembre 1522, lorsqu’il est passé, en Manche au large des récifs des Minquiers.


Je vais maintenant revenir sur l’année 1957, où je travaillais en Manche, au large de St Malo, pour le compte de l’EDF. Nous sommes en Juin, il souffle, ce matin, de très bonne heure, un vent frais sur la rade de St Malo. J’embarque, à l’écluse du port, avec mon équipe de plongeurs à bord du chalutier « Kléber » pour des travaux de géologie qui nous sont confiés par l’EDF.

André Galerne, mon ami, le célèbre PDG de la Sogétram à conquis les cerveaux pointus de cette grande entreprise nationale. Il a obtenu pour notre entreprise, le marché de la recherche géologique des fonds marins qui devront supporter les assises du Barrage Marée Motrice, fermant la Baie du Mt St Michel de Granville aux Îles Chausey et de ces dernières à Cancale. Le projet est vaste, mais n’effraie pas l’EDF qui a créé et installé à St Malo le SEUM, (Service d’études et d’utilisation des Marées.) Pour reconnaître ces fonds, il doit y avoir entre 40 et 60 kms à explorer, il est prévu d’effectuer des prélèvements géologiques sur les axes retenus pour les assises du barrage, dans lesquelles seront installés les groupes Bulle fournissant la future énergie. Pour ce faire, l’EDF a loué les Services de monsieur l’Abbé Graindor, une sommité géologique, détenteur d’une chaire au Collège de France et qui procède à une étude sur le schiste briovérien breton.

Pour les plongeurs, nous sommes 17 dont je fais parti arrivant avec une Aile marine, inventée par Galerne, dont je serais parait-il, un spécialiste… Tout devrait donc bien se passer, la géologie étant certes une science, mais dont l’approche nous est facilitée par un travail, somme toute facile. Il nous faut reconnaître les affleurements rocheux à l’aide de l’aile marine et retourner sur les points retenus pour effectuer des prélèvements comportant une mesure d’angle et d’orientation. Le scaphandrier remonte ses échantillons en surface, ils sont mis en sac, étiquetés et remis à monsieur l’Abbé Graindor avec un rapport circonstancié en fin de semaines plongeurs sont répartis en équipe de trois sur des chalutiers loués par EDF aux noms prestigieux tels que Kléber, Ajax et autres…

Ce jour là donc, nous partons faire une reconnaissance sur les Minquiers. Ces îles et récifs, sont éloignés du projet, mais notre ecclésiastique géologue veut savoir si la nature des fonds relevés se prolonge plus au Nord. Et, personnellement, chargé de cette mission délicate, cela me convient parfaitement, car je vais, en plongeant aux Minquiers, retrouver le trésor !

Nous sommes donc en 1957, je viens de passer trois années dans la Royale, au GERS, le prestigieux Groupe d’études et de Recherches sous marines. J’y ai servi comme matelot des Equipages et surtout comme Plongeur d’essais, sous les ordres, tout d’abord du Capitaine de Frégate TAILLIEZ et ensuite du Capitaine de frégate CHAUVIN. Des officiers, des vrais. Le commandant Chauvin, notre Pacha, considérait que tous les essais dangereux devaient d’abord être effectués par les officiers, l’équipage ensuite. C’est à cette époque que j’ai feuilleté, dans la bibliothèque du GERS, le célèbre "Deep Diving". Feuilleté car ne parlant pas anglais. Surtout j’ai lu et relu, ce qui nous donnait des bases solides "La Plongée" de la Marine Nationale. Tout cela pour vous rappeler qu’il y avait peu de livres et d’ouvrages et j’étais tombé comme beaucoup d’autres jeunes plongeurs sur "1000 milliards de dollars au fond des mers" par le lieutenant Harry Riesenberg.

Et dans ce livre, une bible pour nous, il était écrit dans la longue liste des trésors sous marins : « …aux Minquiers, l’épave du Jean FLORIN, corsaire coulé le 2 Décembre 1522, contenant les bijoux et le manteau d’or de Montezuma…valeur 1.000.000 de dollars » avouez qu’il y avait de quoi faire rêver nos jeunes cervelles adolescentes et…bien naïves !

Quand on me charge donc d’aller aux Minquiers, je suis presque sûr de découvrir au coin d’un rocher, l’Epave et ses trésors. Pour situer le contexte, la filmographie de l’époque est pauvre…mais prometteuse : «Les hommes grenouilles attaquent» film américain suivi de «..La Vénus des mers chaudes» avec la plus que pulpeuse Jane Russel. Et bien sur l’inévitable prix du festival de Cannes «Le Monde du Silence». Sans oublier «L’Epave» avec Françoise Arnould, sex-symbol du moment, tourné par mon toujours excellent ami, Michel Rocca. Tout ceci pour tenter de vous faire comprendre mon état d’esprit, ce matin là.

Il faut plusieurs heures de route pour se rendre aux Minquiers, et je me suis couché dans le semblant de cabine arrière, sur une bannette, située au-dessus de l’hélice, dans les remugles d’huile moteur et de gas-oil de fond de cale ; ça vibre, mais c’est l ‘endroit où le bateau bouge le moins, ce qui m’est égal, ne craignant pas la mer. On me réveille, le bosco, qui me dit «Gérard, on est sur les Minquiers…» Pour être dessus on y est, .à marée haute, à côté d’une bouée qui laisse échapper des plaintes fantomatiques à chaque levée de houle. Et de la houle, il y en a, le temps s’est levé, façon Bretagne, ciel gris et plombé, crachin, vagues qui commencent à déferler… Je demande au patron - «..Alors, les Minquiers …les Minqiers, ils sont dessous gast donc !», M’est-il répondu et d’ajouter en me faisant voir, un îlot dans la brume humide - «..Ça, là, tu vois c’est l’île des Minquiers, la cabane qui est dessus c’est pour les naufragés, c’est français, mais les Angliches disent que c’est à eux…»

Evidemment, nous ne pouvons plonger dans cette mer formée. Nous allons donc rentrer sur Cancale nous mettre à l’abri. Je commence à perdre espoir devant cette immensité, mais le coup de grâce me sera porté quelques jours après, par très beau temps, à marée basse. Lorsque, de retour sur zone, je découvrirais l’immense étendue des récifs des Minquiers, complètement découverte. Trois cent soixante cinq cailloux, (en Bretagne il y en a toujours 365) Le patron, et l’équipage s’amusaient beaucoup de ma mine déconfite. Le bosco d’ajouter : - «le vrai trésor tu vas le voir au fond, je prépare le court-bouillon et la mayonnaise…va donc chercher les homards…»

Accompagné d’un Muscadet de circonstance, on s’en est fait une "estoumagade" comme on dit en Provence. Le trésor du "Jean FLORIN" lui est toujours au fond, gardé par les homards qui restent….et croyez moi, comme nous n’avons pas tout mangé, il y en a encore beaucoup.

Au moment de faire figurer ce texte dans mon livre "A table Scaphandriers", je pris contact avec Manu Feige un célèbre plongeur d’épaves bretonnes qui finit de détruire la légende en me signalant ci-dessous:

«Concernant le livre de H. Riesberg il est clair que 90% de son contenu est affabulé... A propos de ce naufrage, qui m'a fait rêver aussi, il est inventé et vient en fait du nom du corsaire français Jean Fleury (Souvent écrit Florin dans les archives espagnols et donc recopié ainsi par de nombreux auteurs...)

Ce corsaire captura en 1522 une partie de la flotte des galions espagnols au large des côtes du cap Finistère (donc en Atlantique...) Quant au trésor de Montézuma il fut envoyer en Europe en 1523 par Cortès et en partie capturé au large du Cap Saint-Vincent par Fleury également.»

Voilà pour la belle légende et le rêve d'enfant qui s'envole en fumée...!!


Spanish Galleon



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